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Entretien avec Michel Poivert, Institut National d'Histoire de l'Art, décembre 2008
Valerie Pugin IN catalogue Rémy Marlot, ed. Argobooks, Berlin, 2008 (german version)

Ariane Chopard-Guillaumot, 2007
IN Saison vidéo 2005, entretien avec Mo Gourmelon, 2004
ART PRESS, N°299, Dominique Baqué, mars 2004
IN catalogue, BANDITS-MAGES, Vincent Baby, 2003 (english version)
IN catalogue, Jardin d'artiste, de mémoire d'arbre, Anne Dagbert, 1998



Entretien avec Michel Poivert, INHA, 2008

Michel Poivert : Nous avons aujourd’hui le plaisir d’accueillir Rémy Marlot qui a non seulement une activité nourrie dans le domaine de l’image photographique, mais aussi dans le domaine de la vidéo et dans celui de l’installation. Peux-tu nous rappeler ta formation ?

Rémy Marlot : J’ai 36 ans, j’ai étudié tout d’abord aux beaux-arts de Dijon entre 1991 et 1995, puis à la faculté de Saint Denis et l’histoire de l’art à Paris 1 où j’ai rencontré Michel Poivert à Michelet. J’ai arrêté mes études lors de ma première exposition en 1996 au Musée Zadkine avec une pièce photographique, A perte de vue dans le sens de mon corps, qui était installée dans le jardin et qui est restée un an et demi en place. J’ai commencé la photographie à Chalon-sur-Saône berceau de l’image, où j’ai étudié avec Paul Jay, ancien conservateur du musée Nicéphore Niepce. J’ai aussi longtemps fréquenté la bibliothèque du musée.

MP :Quelle était ta relation, ton intérêt face à la production de tes contemporains, notamment à l’école des beaux-arts ?

RM : Je m’intéressais particulièrement à l’époque de mes études au Land art et son utilisation de la photographie comme témoignage. C’était une documentation des performances, impossibles à voir pour le public puisque les œuvres étaient bien souvent réalisées dans le désert ou dans des lieux inaccessibles. Se construisait donc une sorte de mythe avec des œuvres perdues matériellement, qui n’existaient qu’à travers le témoignage photographique.

MP : Partageais-tu ton travail avec d’autres étudiants ?

RM : Non, je ne partageais pas mon travail. Je reste assez attaché à l’idée de l’atelier où l’on travail seul. L’exposition est le moment de la présentation au public après un temps de réflexion, de maturation, de révélation de l’image. On peut démarrer sur la première série d’images Sans titre, produites en 2002. Ce sont des images commanditées par la Croix Rouge et le CICR à l’occasion de « l’Exposition Nationale Suisse », sorte d’exposition universelle qui n’avait pas eu lieu depuis 1964. Le titre de l’exposition était Le jardin de la violence. Montrer la violence en photographie n’est pas chose aisée, j’ai pu d'abord penser à Chris Burden qui se fait tirer une balle dans le bras, à des performances. Je me suis longuement interrogé sur la représentation de cette idée et c'est finalement le paysage urbain suisse qui m'a paru comporter cette violence, à travers mon regard d'étranger. Il en résulte une série de quinze photographies qui ont été réalisées dans différentes banlieues de Genève, de Fribourg ou de Neuchâtel. Ce sont des vues nocturnes de lieux publics dans lesquels je me suis fait peur, seul, avec mon boîtier moyen format et mon pied photographique. Le format allongé reproduit un peu le format cinémascope.

MP : Peut-on dire face à cette série, que tu poses déjà des éléments que l’on va retrouver par la suite : la nuit, l’ambiance angoissante et assez cinématographique ?

RM : C’est vrai que cette série initie le reste de mon travail, c'est-à-dire les vues nocturnes, le sujet urbain, l’absence de l’humain sur les clichés, une dramaturgie qui s’installe avec des lumières étranges, ici des dominantes vertes. Mais c’est aussi la première série dans laquelle j’ai arrêté de malmener l’image photographique et où j’ai commencé à faire « de la photographie ». Ces images sont également inspirées d’une série que j’avais réalisée en 1988-1990 : des vues nocturnes de Chalon-sur-Saône en noir et blanc, grâce à un boîtier 24 x 36. C’est la série qui ancre mon retour dans la photographie et dans l’image.

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Valerie Pugin

« L’objectivité » de la photographie / Une esthétique de l’arrêt

Le travail sur l’image engagé par Rémy Marlot depuis une dizaine d’années s’inscrit dans une expérience du paysage naturel et urbain. Il explore ces territoires avec toujours ce même rapport au temps, un temps dilaté où chaque image s’inscrit dans la continuité de la première. Telle une longue succession de photographies qui sonde l’absence, l’apparente banalité d’un lieu et la poésie qui s’en dégage. Ses images oscillent entre réalité et fiction. Un détail insolite, le captage d’une lumière sur un feuillage, les cadrages rigoureusement choisis apportent une atmosphère où « l’instant » devient tableau. Est-ce encore la réalité ? Certes, mais Rémy Marlot capte un monde où le réel se construit à partir de réminiscences visuelles et émotionnelles, les siennes, mais également celles que le regardeur projette. L’immobilité et le mouvement sont sans cesse en interaction, la dimension du temps intervient soit en figeant la scène soit en la précipitant dans le mouvement, évoquant davantage une apparition qu’une image de réalité.
Les lieux traversés par l’artiste, ici lors de sa résidence à Bad Ems (Balmoral) en 2007, témoignent d’une lente gestation de l’image qui en un seul cliché réunit les détails nécessaires pour… nous perdre. Le détournement est subtil. D’un paysage au premier abord classique, il distille une atmosphère empreinte d’étrangeté où la présence humaine est évacuée. La nature se révèle progressivement oppressante, voire menaçante. Les pavillons bourgeois sagement entourés de verdure deviennent des objets de décor, sans vie. Sortes de villas palladiennes théâtralisées et décontextualisées en plein cœur de la Rhénanie, l’artiste brouille nos repères et nos certitudes en les rendant intemporelles. Les images se déroulent comme différentes séquences cinématographiques qui rythment la lecture de cet ensemble conséquent de 36 tirages couleur, condensés en une seule série. D’où une narration semble possible… Une esthétique de l’arrêt, du mouvement suspendu dans le temps qui fait de son travail une œuvre originale où beauté et ambiguïté se mêlent. Le shoot photographique devient alors pour l’artiste un instrument conceptuel lui permettant d’interroger et de penser le lieu, le temps, et d’élargir son champ de perception.
Pour la série des Black churches (2007) la prise de vue en contre-plongée accentue la monumentalité des édifices. Les dimensions au-delà d’un mètre imposent le sujet, l’espace all over délimité par le cadre photographique en renforce l’aspect massif et imposant. L’architecture des bâtiments n’est jamais embrassée d’un seul regard, mais elle est parcellaire ce qui dirige notre attention sur la texture donnée à l’appareil des façades. Une matière noire, opaque, accrochant la lumière par endroits à la manière du clair obscur pictural. De la succession des images photographiées à son déroulement filmique, Rémy Marlot a su mener de front ces deux médiums sans contradiction mais en affirmant une cohérence dans le traitement de l’image. Il passe de l’un à l’autre avec cette acuité de l’espace qui lui permet de traverser des lieux qui deviennent le prétexte à réinterroger leur mémoire (Balmoral, 2007), sous la forme de présences davantage fantomatiques que réelles. L’écriture musicale* qui tient une place primordiale dans ses films aide à en révéler le sens. L’attention portée dans le choix des musiques (Franz Schubert, György Ligeti, Sergueï Prokoviev, Klaus Nomi, Henry Purcell…) des arrangements et compositions sonores plonge le spectateur dans une atmosphère visuelle fantasmée, un espace mental où les sonorités ne tiennent pas lieu de « décor » mais deviennent un personnage central dans le déroulement de l’histoire. Et l’on se prend à continuer à « voir » en musique devant les images fixes, qui, quelque soit le lieu choisit, interrogent notre capacité à nous émerveiller encore…

* Direction sonore et musicale : Ariane Chopard-Guillaumot

Valerie Pugin

Die 'Objektivität' der Fotographie / Eine Ästhetik des Stillstands

Die Arbeit am Bild, der sich Rémy Marlot seit etwa zehn Jahren verschrieben hat, geschieht im Rahmen eines Experimentes, das sich der Naturlandschaft und dem Stadtbild widmet. Dabei erforscht er diese Themenfelder mit dem stets gleichen Bezug zur Zeit – einer Zeit, die sich ausdehnt, wobei sich jedes neue Bild in die Kontinuität des ersten Bildes einfügt. Somit entsteht eine lange Folge von Fotografien, die das Nichtsichtbare, die offensichtliche Banalität eines Ortes und die von diesem Ort ausgehende Poesie erkundet. Seine Bilder schwanken zwischen Wirklichkeit und Phantasie. Ein ungewöhnliches Detail, das Einfangen eines Lichtstrahls auf den Blättern eines Baumes, die nach strengen Maßstäben ausgewählten Bildeinstellungen schaffen eine Stimmung, bei der der 'Augenblick' zum Bild wird. Ist dies noch die Wirklichkeit? Gewiss, doch Rémy Marlot fängt eine Welt ein, in der das Reale ausgehend von visuellen und emotionellen Erinnerungen, von seinen persönlichen Erinnerungen eben, geschaffen wird, jedoch auch von denen, die der Betrachter hinein projiziert. Regungslosigkeit und Bewegung stehen stets in Wechselwirkung, wobei die zeitliche Dimension entweder die Szene erstarren lässt oder sie aber in Bewegung versetzt und dabei mehr an eine Erscheinung denn an ein Abbild der Wirklichkeit erinnert.
Die Orte, die der Künstler im Jahre 2007 während seines Aufenthaltes hier in Bad Ems (Schloß Balmoral) besucht hat, zeugen von einem langsamen Heranreifen des Bildes, das in einem einzigen Abzug alle Einzelheiten zusammenführt, die wir benötigen, um ... uns zu verirren. Mit Subtilität werden wir vom Weg abgebracht. Aus einer auf den ersten Blick typischen Landschaft filtert er eine fremdartige Atmosphäre heraus, aus der jegliches Vorhandensein menschlichen Lebens verbannt ist. Die Natur erweist sich immer stärker als beklemmend, ja sogar als bedrohlich. Bürgerliche, mitten im Grünen gelegene Einfamilienhäuser mutieren zu einer leblosen Dekoration, zu einer Art Villen im Stile des Palladianismus, wie für ein Bühnenbild geschaffen und aus dem Zusammenhang gerissen – und dies im Herzen des Rheinlandes. Der Künstler bringt so unsere Orientierungspunkte und Gewissheiten durcheinander , indem er sie ins Zeitlose versetzt. Die Bilder werden abgespielt wie verschiedene Filmsequenzen, die den Rhythmus des Betrachtens dieser 36, in einer einzigen Serie zusammengefassten Farbabzüge bestimmen. Daher scheint eine Erzählung möglich... Eine Ästhetik des Stillstands, der in der Zeit erstarrten Bewegung, die aus der Arbeit des Künstlers ein originelles Werk werden lässt, in dem sich Schönheit und Widersprüchlichkeit mischen. Das 'Schießen' eines Fotos wird so für den Künstler zu einem konzeptionellen Werkzeug, das es ihm ermöglicht, Ort und Zeit zu analysieren und zu reflektieren sowie sein Wahrnehmungsfeld zu erweitern.
Die für die Serie Black churches (2007) aus der Froschperspektive aufgenommenen Bilder betonen die Monumentalität der Gebäude. Die einen Meter überschreitenden Dimensionen bestimmen das Thema, wobei der durch den fotografischen Rahmen begrenzte all over-Raum deren wuchtigen und gewaltigen Aspekt noch verstärkt. Die Architektur der Gebäude kann nie mit nur einem Blick erfasst werden, sondern sie bleibt bruchstückhaft, was unsere Aufmerksamkeit auf die Fassaden lenkt – auf ein schwarzes, undurchdringliches Material, das nur stellenweise das Licht auf sich zieht wie ein malerisches Halbdunkel. Von der Abfolge der fotografierten Bilder bis hin zu ihrem filmischen Abspulen hat Rémy Marlot es verstanden, sich dieser beiden Medien parallel zu bedienen, ohne dass daraus ein Widerspruch entsteht; vielmehr wird hier deren Zusammenhalt in der Behandlung des Bildes unter Beweis gestellt. Er springt von einem Medium zum andern mit jener Sensibilität für den Raum, die es ihm erlaubt, Orte zu durchwandern, die ihm zum Vorwand dafür werden, ihre Erinnerung (Balmoral, 2007) in Gestalt einer eher gespenstischen denn reellen Präsenz erneut zu analysieren. Die Musik* nimmt in seinen Filmen einen entscheidenden Platz ein und trägt somit dazu bei, deren Bedeutung offen zu legen. Durch die Aufmerksamkeit bei der Auswahl der Musikstücke (Franz Schubert, György Ligeti, Sergei Prokofiev, Henry Purcell ...), der Arrangements und der Lautkompositionen taucht der Zuschauer in eine visuelle Traumwelt, in einen geistigen Raum, in dem die Klänge nicht Teil des 'Dekors' sind, sondern im Handlungsverlauf zur Hauptfigur aufsteigen. Und man ertappt sich dabei, weiterhin durch die Musik zu 'schauen' – auf seine Standbilder, die, unabhängig vom gewählten Ort, unsere Fähigkeit, immer noch in Entzückung zu geraten, hinterfragen...

* Musikalische Leitung: Ariane Chopard-Guillaumot



Ariane Chopard-Guillaumot

Il y a la poésie des choses qu'on ne regarde pas. Les rues vides, les ordures, les station services, une entrée de garage, offerts aux yeux du spectateur dans ce que le cadrage, la lumière, l'agencement des couleurs, des textures comme autant de touches picturales ou la composition, leur confère de beauté.

Les vidéos de Rémy Marlot se situent à la croisée des genres, empruntant une esquisse d'intrigue au cinéma, sa structure au monde des rêves, son esthétique à la peinture et à la photographie, comme les couleurs de paysage flamand de QTCYLL, l'intégration fréquente de photographies tirées de séries comme Sans Titre dans Night 02:11, les Black Houses dans Crépuscule ou l'apparition fantomatique d'images familiales dans Dream, ainsi que la complexité de son rythme et sa gamme de sentiments à la musique.
Souvent composées de plans fixes, comme de la photographie en mouvement, les vidéos de Rémy Marlot suggèrent un scénario jamais véritablement défini qui emprunte au scénario classique par le biais d'images devenues comme des codes cinématographiques. Il y a, par exemple, le rideau de Grand Hôtel qui se soulève sur une rue de province déserte, la nuit. Doit-on chercher un quelconque indice dans cette rue observée prudemment derrière le rideau? Nous ne saurons pas qui regarde cette scène ni ce qui est observé, ni pourquoi, nous ne verrons rien d'autre que ce rideau, mais il reste un sentiment très vif d'inquiétude.
Dans le processus de fabrication des vidéos, il n'y a pas de scénario préétabli. Rémy Marlot collecte puis stocke des images, bien avant d'avoir une idée précise de la vidéo qui naîtra. Puis, la confrontation de certains rushes présente un intérêt visuel qu'il s'agira pour lui de dégager. C'est ici que commence le montage, la composition des vidéos qui n'est pas simplement linéaire, mais dont les couches se superposent et se répondent comme une partition d'orchestre. Les images sont retouchées, pour en souligner l'esthétique, et leur donner une unité dans la lumière, les couleurs et les contrastes.
Ces images mettent immédiatement l'imagination du spectateur en éveil, et chacun trouve dans ces bribes de scènes le matériau de sensations oubliées, comme dans les rêves. Rémy Marlot opère des glissements logiques sans pour autant que la lecture de la vidéo soit entravée. Dans Night 02:11, par exemple, l'absence de personnages de fiction, ramenés à la caméra subjective, place le spectateur dans les conditions d'un rêve qui reste pourtant le produit de l'esprit d'un autre. Si l'œuvre n'a pas été créée pour le spectateur, elle lui est cependant offerte lorsqu'elle est montrée, présentée, et il ne tient qu'à lui de se l'approprier, d'entrer en résonnance avec elle et de lui imprimer un sens personnel. C'est par l'identification du sentiment que chacun peut y reconnaitre quelque chose de soi. Les frayeurs enfantines, dans le dédale de la cave de Failed, la magie des apparitions des maisons de conte de fées dans Crépuscule, la similitude de la construction de certaines vidéos avec les rêves (Night 02:11, Dream), ou le sentiment de beauté comme la forêt bleue de Blind en sont des exemples. Chaque spectateur est renvoyé à soi-même, dans le ressenti d'une émotion naissante, comme devant un miroir personnel, qui dévoilerait non plus la surface de son être, mais peut-être ce qu'il a de plus intime, comme le fait la musique.
Les vidéos de Rémy Marlot ne portent pas de message particulier, ne revendiquent rien et ne cherchent pas à convaincre. Elles sont seulement le reflet d'une pensée construite, développée au fil des travaux et des ans. Il y a dans son travail l'idée d'évoquer autre chose, de s'ouvrir sur un ailleurs.
En dehors de la musique et de certains sons qui viennent s'y mêler, les vidéos sont muettes, un peu comme un film muet qui serait accompagné par la bande son, même si cette bande revêt une importance particulière dans les vidéos de Rémy Marlot. La musique ne vient pas illustrer l'image, mais elle lui adjoint une nouvelle gamme de sensations et de sentiments. J'aimerais souligner que la technique et le rythme du montage sont très proches, dans l'esprit, de la composition musicale. Pas moins de 50 plans ont été nécessaires à la construction des 2 minutes de QTCYLL, pour lui donner cette apparence de fluidité et de simplicité. Certaines séquences sont inversées, d'autres superposent jusqu'à 5 plans (on retrouve cette même technique de montage dans Crépuscule, ou Starring) et viennent rythmer le tempo de la marche du train. Sur ces images, le neuvième contrepoint de l'Art de la Fugue se développe, dans l'évidence de sa beauté, la limpidité de ses phrases, qui résulte cependant de l'extrême complexité de sa composition, comme un écho. Il faut encore avoir présent à l'esprit le fait que Rémy Marlot ne compose jamais une vidéo à partir de la musique, mais que la musique est choisie une fois le montage terminé. Il ne s'agit donc en aucun cas d'illustrer le propos de la musique, mais de l'adjoindre aux images, comme une voie possible d'appréhension cohérente de celles-ci.

Les images qui s'effacent, l'oubli, la négligence qu'on a pour les choses dont on sait qu'elles seront toujours là, et qui par leur présence deviennent invisibles pour nos yeux.
Restera le souvenir des choses, plus vif, jamais juste, plus beau ou pas, peut-être, parce qu'il est perdu, mais pas sa sensation.

 

 

Dominique Baqué:

...Avec Out-of-the-way(1) de Rémy Marlot, c'est à une subtile dialectique entre grâce et laideur, pauvreté de l'image et inquiétude du sens que l'on assiste, le plasticien faisant également dialoguer, de façon parfaitement convaincante, photographie et vidéo.
Paysages de non-lieux, pris entre le périphérique et le boulevard des Maréchaux, baignés par une obsédante lumière verte, jardins publics dessertés de toute présence humaine, cours de tennis vide, une fleur solitaire incongrument posée face à des rideaux sales qui transpirent l'ingrate vie parisienne du nord de la capitale, un lavabo marbré de calcaire orangé: à chaque fois, deux vues prises consécutivement sur le négatif, avec au centre de l'image une bande noire, mettent en regard deux points de vues décalés sur le même sujet et induisent des décalages, accident, secousses perceptives-une enseigne clignote sur l'une des deux images, elle s'est discrètement éteinte sur l'autre. Ingratitude de ces Images-doubles, certes: mais sur un autre mode que chez Fastenaekens, il arrive parfois, comme un don subreptice , que la beauté surgisse. Ici la fleur est certes modeste, mais elle persiste, insiste, dans la laideur de son environement arbitrairement imposé. Là, dans un dytique pris à Genève, des vitrines démodées aux robes rouges et vertes évoquent, dans leur immobilité atemporelle et mélancolique, certains tableaux d' Edward Hopper. Ailleurs enfin, la ville nimbée de nuit, striée parfois par l'éclat des enseignes lumineuses, en appelle à une rêverie inquiète, comme si la menace planait, inassignable, délétère : ainsi dans la vidéo Night 02 :11, féerique autant que cauchemardesque. Une cabine téléphonique trouant de sa clarté blanche l'opacité de la nuit, une station service, un parking désert, puis l'enfouissement progressif dans ce chemin de nuit, cette trouée sombre dans laquelle s'enfoncer est toujours-déjà un enlisement , une perte à soi-même et soudain, évènement visuel autant que fantastique, ce manège de chevaux de bois qui tourne trop vite, ce flash rapide sur un revolver noir, cette tête de mannequin qui roule sur des escalier... Tandis que le bruit, assourdissant, le périphérique, c'est toute la conscience du sujet qui se voit dévoré par d'inavouables terreurs enfantines quntant que par la hantise du meurtre probable à venir. Mais rien n'est ouvertement montré: rien d'extraordinaire ni d'horrifique, somme toute, si ce n'est cette angoisse diffuse qui imprègne les lieux et rôde aussi autour de quatre vues nocturnes, au format cinématographique, prises à la périphérie de grandes villes suisses éclairées de lumières que l'on imagine volontier punitives, et où errent quelques rares spectres aux contours indéfinis.
Et si QTCYLL, vidéo rythmée par une fugue de Bach et faisant défiler sous une luminosité plus apaisée, presque picturale, des brides de paysages entre Paris et Neuchâtel, semble atténuer la menace diffuse dans le reste de l' œuvre , Around Home en revient brutalement à la grande ville, en un long mouvement panoramique qui balaie les tours siglées des enseignes Philips, Daewoo ou Sony, à la trame fortement grainée, tremblée, comme si les bâtiments menaçaient à tout moment de se défaire, de s'affaisser sur eux même, en faisant un écho lointain mais obsédant à l'écroulement des Twin Towers après le crash terroriste du 11 septembre. La ville dans sa dureté, sa cruauté, que vient parfois apaiser, comme un rêve suave autant qu'impossible, une courte séquence sur des arbres aux fleurs rosées, tandis que s'adoucissent les flux musicaux de la cinquième Bachiana Brasileira . Dialectique subtile entre terreur et la grâce qui anime l'opus photographique, narratif et cinématographique de Rémy Marlot


(1) titre de l'exposition personnelle, Espace d'art Yvonamor Palix, 14 novembre 2003-24 janvier 2004

 

 

Vincent Baby

« Il quitte la maison, il se retrouve dans la rue … »
Franz Kafka, Fragment, 1917

Rémy Marlot que l’on connaissait comme photographe hanté par les thèmes de la maison et du paysage use désormais du médium filmique. Néanmoins, dans les trois vidéos présentées ici, son travail antérieur sur des images « fixes » ressurgit et semble faire signe, indiquer que si ce n’est pas une continuité, une autofiliation qui est à l’œuvre, l’artiste entretient toujours un rapport intime à ces lieux arpentés quotidiennement, familiers des pas de chacun mais dont le regard d’ordinaire ne se saisit plus.
Prenant acte de ce déni du voir, Rémy Marlot filme jour après jour ces zones urbaines et péri-urbaines banales (communes, à la disposition de tous) et génère par leur montage et en leur adjoignant une pulsation sonore, une nouvelle existence visuelle nourrie d’une subtile chimie optico-émotionnelle.
Philtres à voir dont les lents précipités battent aux rythmes contrapuntiques de Bach ou Villa-Lobos, les images (é-) mouvantes de chacune des vidéos tout en s’évanouissant irrémédiablement tentent de circonscrire avant de disparaître, le sentiment d’un lieu, la sensation d’un temps : le pouls ténu d’une épokè contemporaine.
Ainsi, Around Home, nous retient au centre d’un territoire délimité par des barres d’immeubles qui nous encerclent et dont notre vision ne peut que parcourir sans fin le panorama à 360 degrés vis-à-vis duquel notre regard ne peut s’offrir que par glissements et saccades quelques échappées qui finissent immanquablement par se noyer dans la blancheur immémorielle du ciel.
Dans Night 0211, le cercle se resserre encore et c’est au cœur des images que nous pénétrons comme dans des sables mouvants, avec la temporalité si bien ajustée d’une lenteur parfaite (on pense à Michael Snow) et grâce à un dispositif exploratoire (ne pas livrer les secrets de cuisine) qui donne à réfléchir à la construction de films à l’aide d’images fixes dans la postérité de la Jetée de Chris Marker.
Au cœur de qtcyll, c’est un piège visuel plus inquiétant encore qui est à l’œuvre puisque sous couvert d’un rassurant déplacement linéaire, le montage de Rémy Marlot opère une infinité de ruptures dans ce paysage archétypal (trois-quarts de ciel, une ligne d’horizon, des collines, bosquets et halliers) qui sont autant de brèches spatio-temporelles dans lesquelles disparaissent certains plans et desquelles émergent certaines séquences répétitives savamment construites à partir d’opérations de réflexion, de rotation et d’inversion.
qtcyll nous incite à penser qu’il existe bel et bien des plis et replis du temps, nous invitant à faire l’expérience de ces images qui font retour et se délovent des trous fraîchement creusés de la mémoire, provoquant une sensation proche du « déjà-vu ».

Un sentiment d’inquiétante étrangeté (unheimlich, toujours aux alentours du « chez soi », dans les parages de la maison) vrille chacune des vidéos de Rémy Marlot et nous pousse à nous interroger sur nos certitudes et nos comportements quotidiens vis-à-vis de ces lieux que nous pensons un peu trop vite habiter alors que ce sont eux qui nous habitent, nous investissent et nous modèlent, nous, humains souvent absents des images de Rémy Marlot, autodésignés collectivement par ce terme qui nous rend aussi banaux que les images susdites.
Le phénomène n’est pas nouveau mais les vidéos de Rémy Marlot l’exemplifient magistralement : en regardant ses images, c’est en nous-mêmes que nous regardons et c’est nous-mêmes que nous questionnons. Comment se tenir devant ces images qui tout à la fois ne sont que des images – et de belles images - mais sont aussi les images de notre monde ? Comment faire face aux vibrants architectones (cf Malévitch) de Around Home, rongés par la crudité saturante de la lumière si ce n’est en tremblant ? Comment ne pas être terrorisé en pénétrant dans les images suburbaines et si lynchiennes de Night 0211 ? Comment accepter la leçon de la discontinuité du temps de qtcyll et ne pas perdre pied ?
Relisons Kafka, regardons les images de Marlot, quittons la maison et allons dans la rue - pour voir …

 

English version, Vincent Baby

« He leaves the house, and finds himself in the street … »
Franz Kafka, Fragment, 1917.

Rémy Marlot whom we knew as a photographer, haunted by the themes of houses and landscapes, is making use of filmed mediums from now on. Nevertheless, in the three videos presented here, his previous work on « static » images re-emerges and seems to be making a sign, indicating that if it isn’t a continuity, filiations of the self that is in process, the artist still maintains an intimate rapport to the places that he daily paced, familiar to everyone’s footsteps, which the ordinary view is no longer seized by.
Through the denial of seeing, Rémy Marlot films urban and peri-urban banal zones day after day (which are communal and thus at everyone’s disposal). Through the editing of the images and by attributing a beating sound to them, he generates a new visual existence nourished upon a subtle optical-emotional chemistry.
The slow precipitations beat to the contrapuntal rhythms of Bach or Villa-Lobos, in the philtres to espy. In each video, the moving images fade while irremediably trying to contain themselves before disappearing. The feeling of a place, the sensation of an age: the pulse of a contemporary era.
Therefore, Around Home, arrests our attention at the centre of a territory that is delimited by strips of buildings that surround us. Our vision can but boundlessly scan the 360° panorama, from which our sight is offered a few vistas that abruptly apppear, to then end up drowning themselves without fail into the immemorial whiteness of the sky.
In Night 0211, the sphere tightens all the more; for, as if caught in quicksand, we penetrate to the core of the images. Temporality is regulated to perfect slowness (a reminder of Michael Snow) and an exploratory device (never reveal the secrets of recipes) is used to reflect upon the way of constructing films via the means of static shots in posterity of the Jetty by Chris Marker.
At the heart of qtcyll, there is a visual trick that is all the more disturbing because it is disguised as a comforting linear movement. Rémy Marlot’s editing operates upon an infinite number of ruptures within this archetypical landscape (three-quarters sky, a horizon line, hills, shrubs and brushwood). The latter form many spatial-temporal breaches in which certain shots disappear, and from which certain repetitive, skilfully constructed sequences emerge, based on reflection, rotation and inversion procedures.
qtcyll incites us to think that there genuinely are folds and twists to Time. We are thus invited to experience the images that return and coil out of the freshly dug pits of the memory, hence provoking a sensation reminiscent of a « déjà-vu ».
A feeling of perturbing strangeness (unheimlich, is always present in the surroundings of « one’s home », in the vicinity of one’s house) pierces into each one of Rémy Marlot’s videos and pushes us into examining our certitudes and our daily behaviour as regards the places that we think we can rapidly inhabit, whereas it is in fact the latter which inhabit us, invest in us and shape us – us, humans who are often absent from Rémy Marlot’s images, collectively self-designated by this term and thus rendered as banal as the images foresaid.
The phenomenon isn’t new, but Rémy Marlot’s videos brilliantly exemplify that: by viewing these images, it is ourselves that we are in fact peering into; it is ourselves that we are questioning. How can we stand in front of these images that are all together only images – and beautiful images – yet also images of our world? How can we face the vibrating architectonics (see Malevitch) of Around Home, which the saturating raw light tremblingly gnaws at? How can we not be terrorised when penetrating these suburban and so Lynchian images in Night 0211? How can we accept the lesson about discontinuity of time in qtcyll and not get out of our depth?
Let’s reread Kafka, let’s watch Marlot’s images, let’s leave the house and go down into the street—to see…

 

 

Entretien avec Mo Gourmelon, à l'occasion de Saison Video 2005


Mo Gourmelon : Tout d’abord, un film si bref soit-il comme Crépuscule détient, me semble-t’-il, une dimension fictive. Une phrase échappée du livre de Paula Fox, Le dieu des cauchemars : « Ils ont roulé à travers les heures sombres jusqu’à une aube rose pâle. Il y avait une sensation d’eau dans ce voyage, comme s’ils avaient été dans un bateau, et non une voiture... » est entrée, pour moi, en résonance avec ce film. Acceptez-vous ce genre de lecture ?

Rémy Marlot : Peut-être quelques mots sur cette vidéo avant de répondre à vos questions. Elle a été réalisée à bord du TGV pour les images du début, à la frontière suisse avec les alpages qui glissent derrière la vitre. Les images furtives (maisons) ont été réalisées un an plus tard à Bourges, à l’aide d’un élévateur à quatorze mètres en surplomb.
Il existe quatre ou cinq versions de cette vidéo, qui a pris presqu’un an de travail. En général, j’ai toujours énormément de rushes avant de commencer à monter. Les images sont stockées, relues, puis assemblées dans une fiction. Pour celle-ci, je parlerais davantage d’un poème évoquant l’enfance, avec les craintes de la tombée de la nuit à la campagne.
Mes films ne racontent rien de précis, je travaille toujours sur les émotions que procurent les images en association avec la musique. Ils restent toujours très énigmatiques, sans début ni fin, avec seulement des bribes d’intrigues, des indices. En cela, ils fonctionnent comme des miroirs, c’est-à-dire que c’est à la personne qui regarde, de reconstituer un récit, s’il y a lieu.

MG : Se référer à l’enfance et aux « craintes de la tombée de la nuit à la campagne » est une donnée partagée. Quel est ou quels sont ces moments qui vous incitent à filmer ?

RM : Je suis photographe et j’ai toujours avec moi deux appareils photo dont un me permet de filmer. Je réalise des séquences un peu partout, de lieux dont un caractère “magique” se dégage. J’essaie de traduire le sentiment de beauté et de solitude que j’éprouve à cet instant là. Je pense à des moment comme la nuit, la pluie ou le vent dans les arbres, sur lesquels mon regard se penche.

MG : Les indices dont vous parlez sont-ils, par exemple, les coups de feu, le revolver jeté à terre et la tête de mannequin dévalant l’escalier... dans Night 02 : 11 ? L’appréhension de la ville et ses promesses bascule du féerique au menaçant. Il y a aussi un renversement musical qui contribue très fortement à ce bouleversement...

RM : Oui les indices peuvent être la tête ou le revolver. Ils viennent inscrire, en se juxtaposant les uns aux autres, une autre histoire dont on doit reconstituer les fragments manquants, c’est-à-dire un meurtre. Cette vidéo fonctionne comme un rêve, avec une logique particulière et un basculement qui se traduit par le traitement plus rapide des images au centre (après la scène du manège), caméra à la main. La musique à ce moment là aussi, est en rupture, avec entre autres, un volume sonore plus élevé. Les images du début et de la fin (plans de villes avec zoom) ont été réalisées en Suisse à l’occasion de l’exposition nationale suisse et commanditées par le CICR ( Comité International de la Croix rouge) sur le thème de la violence. Elles sont très esthétiques et donnent un sentiment de calme mais aussi d’étrangeté que j’ai pu ressentir lors de la prise de vue. Ce sont donc des photographies qui sont animées numériquement et qui glissent doucement pour nous faire pénétrer dans ce rêve avec un zoom avant.
La partie centrale, a été filmée bien après, au parc de la Villette, devant chez moi. La cheminée, l’escalier, sont des plans réalisés depuis mon immeuble ou mon appartement. La tension est en fait due à un événement autobiographique réel, alors que j’étais en train de faire ces plans, j’ai évité une agression.
Le tout a été monté après. Je ne travaille jamais avec un scénario que j’aurais pu écrire auparavant, et c’est donc en travaillant sur des centaines de rushes que j’assemble que les histoires naissent. La musique est toujours ajoutée après le montage, afin que le rythme visuel puisse être suffisamment soutenu.

MG : Cette non-préméditation du tournage se retrouve-t-elle dans Around Home ? Je suis très frappée dans ce film - puisque vous n’hésitez pas à évoquer la facture de vos images – par leur texture proche de la dissolution. Je pense, dans un tout autre registre aux paysages urbains peints par Philippe Cognée.

RM : Around Home a été réalisé à Paris et filmée depuis la coupole du Panthéon, elle propose un regard sur la ville, dans un long mouvement panoramique qui balaie les constructions qui la jalonnent. L’image en noir et blanc, qui a été réalisée au zoom numérique, procure aux plans un grain très fort, mis en relief par la lumière très contrastée de l’été. Sa texture évoque les images d’archives ou celles des médias en temps de crise. La bande son qui mêle les bruits du périphérique à la mélancolie de la cinquième Bachiana Brasileira renforce le sentiment d’étouffement de la ville et de sa beauté irréelle.
Effectivement pour moi, le travail sur les images en vidéo s’apparente beaucoup avec la peinture. Toutes les lumières sont retravaillées, contrastées, recolorées. Car les images brutes lors des prises de vue sont très plates et pauvres, en général. Pour Around home, le zoom numérique était indispensable pour cadrer les constructions très éloignées et permettre d’essayer de voir plus loin. Au montage, le tout a été basculé en noir et blanc, avec un renforcement des contrastes, ce qui donne cette idée de dissolution et de mirage.
Pour les vidéos comme Failed ou Grand Hôtel, les images sont faites avec un appareil photo qui enregistre 15 images par seconde avec une résolution de 320 x 240 pixels ce qui est très inférieur à un capteur vidéo qui est a 720 x 576 pixels (25 images par seconde), ce qui donne un grain très fort a l’image et je pense un certain expressionnisme, proche de celui du cinéma des années 1910-30 dont des films tels que Metroplis de F. Lang, Yvan le Terrible d’ Eisentein, ou Nosferatu de Murnau m’ont marqué.

MG : Pourquoi avoir eu recours cette fois à cette cinquième Bachiana Brasileira de Heitor Villa-Lobos dont l’interprétation délivre une intense charge émotionnelle?

RM : En effet, la musique de Villa-Lobos est un hymne à la nature et rivalise avec les bruits assourdissants du périphérique comme une lutte et arrive à une explosion lyrique sur les images du cerisier en fleurs. Ce moment là est comme une grande respiration après une surcharge de bruit et de contraste. Comme je le disais précédemment, le sentiment qui se dégage de chaque vidéo est important et la musique vient donner un tonalité particulière. Il y a toujours de nombreux essais pour coller au plus près de l’émotion que je souhaite traduire.

MG : Vous insistez sur le caractère spontané de la saisie de vos images comment s’opère donc le montage et le choix ultérieur des musiques ?

RM : Je laisse toujours beaucoup de temps entre le temps de la prise de vue et celui du montage, afin de vérifier la validité de la plasticité des plans et de l’émotion qui s’en dégage.
Beaucoup de rushes restent inutilisés, d’autres sont assemblés, en fonction de leur lumière, de leur proximité formelle et composent ainsi les mots d’une phrase, qui deviennent une séquence, puis une vidéo. Les images assemblées ainsi construisent une narration, un développement temporel, une fiction.
Le choix de la musique est confié à Ariane Chopard-Guillaumot et entre en résonance (dans un repertoire souvent classique) avec le montage car il existe, je pense, dans mon travail vidéo, une grande similitude structurelle entre la composition musicale et certains de mes films. Je pense par exemple a QTCYLL dont les plans peuvent évoquer l’écriture de la fugue, comme entre autres, l’inversion de certains plans.
La musique est aussi un élément narratif essentiel qui donne sa propre inflexion au récit, en en offrant une première interprétation.